Les Machines à Coudre de MM. C. Peugeot & Compagnie d'Audincourt (Doubs)

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EXPOSITION DE BORDEAUX 1882

Les Machines à Coudre de MM. C. Peugeot & Compagnie d'Audincourt (Doubs)


L'Exposition de MM. C. Peugeot et Cie comprenait : 1. Plusieurs spécimens de la machine à coudre dont ils sont les inventeurs, variant de calibre suivant la nature des emplois auxquels ils sont destinés; 2. une surjeteuse, d'un nouveau système applicable à la couture des gants.

Nous dirons, aussi complètement que possible, les mérites spéciaux de ces excellentes couseuses.

Quand MM. C. Peugeot et Cie ont créé leur machine à coudre, pour laquelle ils sont brevetés, leur but a été d'en faire le résumé de tous les perfectionnements connus. La simplicité du mécanisme, la qualité supérieure des matières employées dans sa fabrication ont fait rapidement son succès.

Il est vrai que quand ils ont entrepris la construction de cette machine, MM. C. Peugeot et Cie étaient dans les meilleures conditions pour arriver à une réussite certaine, car leur établissement, fondé depuis 1830, pour la production des broches et pièces détachées de filatures et dont nous exposerons l'importance plus loin, mettait à leur disposition un outillage qui devait considérablement faciliter leur tâche, joint surtout à l'esprit d'initiative et de progrès dont ils avaient déjà donné d'éclatantes preuves et qui devait se reproduire dans cette nouvelle entreprise.

Aussi peut-on estimer que leur machine à coudre à navette, machine essentiellement française, possède des qualités rares qu'il nous sera aisé de faire ressortir en passant en revue les principaux organes qui la composent.

La navette est tout à la fois légère et solide et disposée pour que le frottement n'existe pas en dessous et de manière à contenir plus de fil que toute autre; avec ce point important que ce fil ne passe que dans un seul trou.

L'entraînement s'effectue avec régularité, grâce à ce que l'aiguille Peugeot étant bien entourée par le presseur, il n'y a aucun soulèvement des tissus, même les plus légers.

L'aiguille se pose avec facilité au moyen d'un calibre fixant la hauteur. L'écrou qui serre l'aiguille la maintient toujours plus droite que dans les systèmes où la vis est de côté.

La tête de la machine qui, ordinairement, ne présente qu'un espace assez restreint entre le bras de la machine et le porte aiguille, est, au contraire, très élevée dans la couseuse Peugeot et peut ainsi permettre le passage aux étoffes les plus volumineuses.

Les frottements sont supprimés et non seulement la navette ne frotte pas en dessous comme nous venons de le dire, mais encore les galets au-dessus du manchon excentrique fonctionnent avec rapidité et sans s'appuyer au fond; du reste le manchon fait d'une seule pièce, oblige la navette et l'aiguille à toujours s'accorder pour former le point.

Enfin pour résumer quelques autres perfectionnements, rappelons que l'entraînement porté en avant permet de monter sur les coutures; que le bâti est solide et muni d'un volant assez lourd pour donner une forte impulsion à la roue et adoucit considérablement le fonctionnement de la machine; que la corde est munie d'un petit cube permettant de la raccourcir à volonté, indépendamment de l'avantage qu'elle présente d'être placée à l'extérieur du volant et de pouvoir facilement être posée sans danger de se prendre les doigts. Au surplus, pour faciliter l'intelligence de ce que nous venons de dire, nous donnons ci-contre deux dessins de la machine Peugeot.
Machine Peugeot vue de face, vue renversée

La maison Peugeot a ajouté depuis deux ans environs, aux nombreux perfectionnements qui caractérisaient déjà ses machines, l'application d'un nouveau système de pédales brevetées, dites pédales balancières, supprimant toute fatigue et très recherchées par les dames. Ces nouvelles pédales, qui jouissent d'un succès grandissant chaque jour, ont l'inappréciable avantage de fonctionner par un mouvement alternatif des pieds, semblable à celui de la marche, ce qui donne une très grande puissance d'entraînement tout en rendant le travail beaucoup plus aisé qu'avec les ancienne pédales.

Reste un mot à dire au sujet des guides qui, par leur grande variété, suppriment la préparation à la main pour ourler, rabattre, former le pli russe, froncer, bouillonner, soutacher et ouater.

MM. Peugeot et Cie ont aussi exposé une machine à gants, cousant à 1 et 2 fils, faisant admirablement le point de surjet, et très remarquable par sa légèreté, sa simplicité et sa gracieuseté.

MM. Peugeot et Cie fabriquent leur machine à coudre en trois grandeurs ou calibres, qui répondent à divers usages; ainsi, le calibre n˚ 2 est plus particulièrement destiné aux familles, lingères, casquetiers, couturières, corsetières, tailleurs, etc; le calibre n˚ 3 convient aux tailleurs, aux chapeliers, aux cordonniers, aux fabriques d'équipements militaires, etc., quant au calibre n˚ 4, il s'emploie surtout pour cordonnerie forte, sellerie, sacs, bâches, voiles de navires, etc. Machines Peugeot n˚ 2, n˚ 3, n˚ 4

Quant au calibre n˚ 1, dont nous n'avons pas encore parlé, c'est la machine à main pour famille, pouvant accomplir l'universalité des travaux de couture d'un ménage.

Les machines Peugeot sont fabriquées à Audincourt (Doubs) dans un vaste établissement dit: Usine-sous-Roche, appartenant à la Société Constant Peugeot et Cie.

Cette usine, dont nous donnons une vue ci-dessus, a été fondée en 1830 par MM. Peugeot et Cie, pour la fabrication des broches et pièces détachées pour filatures. Commencée dans de modestes proportions, elle s'est développée successivement au point de compter dans sa clientèle toutes les maisons importantes de France, tant dans la construction que dans la filature, y compris les quatre grands constructeurs de l'Alsace. Cette clientèle s'est étendue aujourd'hui à tous les pays où il existe des filatures.

L'Usine-sous-Roche comprend: 25 bâtiments dans lesquels existent au moins 40 ateliers divers, laminoirs, machines à forger, ateliers de construction de machine, aiguiserie, fonderie de fonte et de cuivre, menuiserie mécanique et autres, ateliers contenant une foule de machines toutes spéciales pour la fabrication des cylindres cannelés et autres, des broches et ailettes de filature, pour le coton, la laine, le lin, la soie, etc., et les plates bandes de métiers à filer; en un mot, un matériel permettant de fabriquer annuellement 1,000,000 de broches avec cylindres cannelés et toutes les autres pièces détachées faisant partie du métier.

Tout le groupe des bâtiments est situé au bord du Doubs et à côté du village d'Audincourt, auquel il est relié par un pont créé au frais de la maison.

L'usine est mise en mouvement par quatre turbines de la force chacune de 70 chevaux et par une machine à vapeur de la force de 150 chevaux. Cette dernière sert de moteur auxiliaire quand l'état de la rivière du Doubs, dont les eaux alimentent les moteurs, ne suffit plus, dans les temps de sècheresse, à mettre en mouvement le matériel industriel.

Nous avons été obligé, dans tous les détails qui précèdent, de donner un exposé général des moyens de fabrication employés dans l'Usine-sous-Roche, sans pouvoir faire de division de ce qui est particulièrement affecté à la fabrication des machines à coudre. Mais nous préciserons en détail en ce qui concerne cette partie de la fabrication de MM. C. Peugeot et Cie, qui donnera une idée de son importance, c'est que sur les 700 ouvriers employés dans l'usine, 250 sont exclusivement occupés aux machines à coudre.

La vente des machines Peugeot est confiée, pour la France, à M. L.Sibour à Lyon, 16, quai de Retz.

Pour terminer, nous ne nous arrêterons pas à donner la nomenclature des nombreuses récompenses obtenues par la maison Peugeot dans les expositions depuis sa fondation en 1830, nous croyons utile de rappeler seulement celles qui s'appliquent à leurs machines à coudre.

Cette fabrication n'ayant été créée à Audincourt qu'en 1867, la première exposition dans laquelle figurèrent les machines à coudre Peugeot fut celle de Lyon en 1872 où elles obtinrent une médaille d'or et une médaille d'argent coopérateur.

D'un seul bond, la maison Peugeot se plaçait ainsi au premier rang dans la nouvelle carrière qu'elle venait d'entreprendre. Et ce succès s'affirma encore plus à l'Exposition universelle de Paris en 1878, où, seule, elle obtint simultanément:

Une médaille d'or pour ses machines à coudre française; Une médaille d'or pour ses broches et pièces détachées de filatures; La croix de la Légion d'honneur; Et un diplôme d'honneur du ministère de l'intérieur pour ses institutions diverses en faveur des ouvriers: cité ouvrière, caisse de malades, maison de santé, Société coopérative d'Alimentation pour lesquelles la maison Peugeot a fait preuve de généreux sacrifices et de sage administration, afin de faire participer tous ses ouvriers à la prospérité de son établissement.

Depuis 1878, MM. Peugeot et Cie ont obtenu:

A l'Exposition du Mans, en 1880. Et à Épinal, en 1881, deux diplômes d'honneur. A l'Exposition de Bordeaux, la maison Peugeot a été placée hors concours.